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Oscherus In Musica

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Oscherus In Musica
8 novembre 2011

Saint Vitus - The Walking Dead

SAINT-VITUS-The-Walking-Dead

 

Style: Doom Metal

Année: 1985

Format: EP

Label: SST Records

Pays: U.S.A

 

L’année mille neuf cent quatre vingt cinq fut on ne peut plus prolifique pour Saint Vitus, car outre la sortie de leur deuxième album Hallow’s Victim, le quatuor nous proposa également le présent EP intitulé The Walking Dead, qui précédait ce dernier, sachant que leur premier album était sorti une année auparavant. Nous retrouvons donc sur ce disque trois titres, pour une durée supérieure à vingt minutes, deux inédits, Darkness et The Walking Dead, ainsi qu’un extrait de ce deuxième opus, l’entêtant White Stallions. 

Le titre Darkness ouvre donc les hostilités et s’inscrit d’ailleurs dans la lignée de ce que le groupe déclinera sur l’album Hallow’s Victim, puisqu’il évolue ici dans un registre relativement rapide, pour du doom metal bien évidement. Néanmoins, la lourdeur inhérente au genre est bien au rendez-vous de ce très bon titre, alliant justement cette constante à un propos plus vigoureux, le tout avec une rare efficacité; ce titre n’aurait sans doute pas dépareillé sur leur deuxième album. En cela, il n’est pas éloigné du non moins plaisant White Stallions, qui est lui aussi dans cette veine mid tempo puissante. A ce propos la production très primaire de cet opus est du même tenant que celle de cet album. Cela étant dit, si ces deux premiers titres pourraient apparaître comme quelque peu anecdotiques vu leur relative similitude, il n’en est rien de The Walking Dead, qui, lui, est un petit chef d’œuvre de doom metal. Sur plus de onze minutes, Saint Vitus nous assène une composition on ne peut plus tortueuse, s’inscrivant dans la lignée d’un titre comme The Psychopath présent sur le premier opus. Débutant sur quelques arpèges saturés, ce titre voit le groupe renouer avec sa divine lenteur, jouant d’ailleurs pas mal avec les silences pour conforter cette inquiétante impression d’oppression constante durant ces onze minutes. D’ailleurs l’ajout d’une deuxième ligne de guitare un peu en retrait et ne délivrant que des larsens conforte très bien cette impression. Inutile de dire que le chant unique de Scott Reagers est on ne peut plus approprié à cet excellent titre. Il va sans dire que cet excellent titre est quasiment à lui tout seul une démonstration de tout le talent du groupe et justifie la possession de cet enregistrement.

Ainsi, ce The Walking Dead conforte bien toutes les bonnes impressions laissées par le groupe avec son premier opus, notamment pour ce qui est de la dernière composition. En même temps, il nous donne quelques indices concernant la ligne directrice de leur deuxième album, comme l’attestent les deux premières compositions. Nul doute que tout amateur de doom metal qui aura l’opportunité d’acquérir ce disque y trouvera son compte.

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8 novembre 2011

Saint Vitus - Hallow's Victim

SAINT-VITUS-Hallows-Victim 

Style: Doom Metal

Année: 1985

Format: album

Label: SST Records

Pays: U.S.A.

 

Révélé par le biais de leur excellent premier album, bien que son retentissement fût tout de même assez restreint à l’époque tant le groupe eut du mal à trouver un certain écho, en raison notamment de son appartenance à un label typé hardcore plutôt que metal, et conforté dans ce statut par le mini The Walking Dead, Saint Vitus ne tarda pas à leur donner un successeur. Le groupe nous proposa donc en cette année mille neuf cent quatre vingt cinq le présent Hallow’s Victim. Ces sept nouvelles compositions vont finir d’asseoir sa réputation au sein de la scène doom metal sans toutefois verser dans un immobilisme d’un point de vue purement stylistique, comme l’annonçait en partie The Walking Dead.

Si la proximité des deux albums laissait craindre une redite, il n’est en justement rien à l’écoute de cette réalisation. Bien entendu l’on retrouve ici presque tous les éléments figurant sur les précédentes réalisations, caractéristiques même de la personnalité affirmée des californiens: une lourdeur conséquente de leur propos, de très bonnes compositions mettant en exergue une certaine inspiration, une production on ne peut plus rêche et une rare cohésion au sein du groupe. En fait, la seule différence manifeste entre ces deux réalisations provient du tempo général de l’album. En effet, là où le premier album voguait très fréquemment dans une délicieuse lenteur, l’on est surpris par le parti pris du quatuor pour des rythmes volontiers plus rapides. L’on est évidemment loin d’atteindre les pointes de vitesses à laquelle nous habituait à l’époque toute la vague de speed metal, mais toujours est-il que le groupe évolue assez fréquemment dans un registre mid tempo, comme c’est le cas sur War Is Our Destiny ou bien encore The Sadist.

Est-ce la proximité avec la scène hardcore qui a induit cela – rappelons que le label du groupe n’est autre que celui de Greg Ginn, guitariste des légendaires Black Flag – ou bien l’incompréhension du public ? Il n’en demeure pas moins que le groupe a gagné en vélocité tout en conservant sa facette plombée, donnant ainsi l’impression constante sur toute la durée de l’album d’assister à une charge d’un troupeau de mammouths en rut, d’autant qu’il ne se prive pas de temporisations nettement plus pesantes. Cela étant dit, passer l’effet de surprise, l’on ne peut résister à cette collection de titres puissants et ce ne sont pas les assauts que constituent War Is Our Destiny et White Stallions qui vont contredire cet état de fait, et encore moins le furieux Hallow’s Victim, quasiment punk dans l’esprit et d’une rare vivacité, même si le naturel du groupe revient de manière éparse. Toutefois, ce dernier renoue fort heureusement avec ce qu’il sait faire de mieux, c'est-à-dire nous proposer des titres plus lents et tortueux, comme les titres Pray For The (M)Asses et surtout le très bon Mystic Lady.

Malgré une formulation volontiers plus incisive, Saint Vitus demeure fidèle aux principes énoncés sur leurs précédentes œuvres. Ainsi, l’on retrouve toujours ces riffs à la fois simples et pourtant géniaux de Dave Chandler, nous démontrant encore une fois tout son talent dans ce registre. Il en va de même pour ses soli, avec à la clef ce travail singulier dans son jeu, presque bruitiste ou en tout cas très agressif, mais qui sied si bien à la musique. Son mérite ne serait rien s’il n’était pas épaulé par cette très bonne cellule rythmique composée du très bon bassiste Mark Adams, qui ne se contente pas uniquement de suivre à l’unisson la guitare de son acolyte, et du très efficace Armando Acosta et sa frappe de mule qui apporte ainsi toute sa puissance à l’ensemble. A tout cela vient se greffer l’excellent chant de Scott Reagers, dans son style unique assez torturé et qui donne une petite touche d’aliénation chez cette formation. La production quant à elle est toujours aussi dépouillée, pour ne pas dire primaire, mais elle a tout de même l’atout de posséder ce son à la fois sale et chaud qui laisse entendre chaque instrument.

Au final, ce Hallow’s Victim est une bonne réalisation, même si elle n’est pas du même niveau que l’impressionnant album éponyme. Saint Vitus a pourtant évité l’écueil de la redite du premier album, sans toutefois se renier. Surtout, le quartet nous surprend tout de même avec un rythme généralement plus rapide, registre dans lequel il conserve toute sa maestria même s’il faut avouer qu’il excelle surtout dans ses longues pièces tortueuses, qui sont malheureusement peu nombreuses sur cet opus. Malgré tout, ce disque est efficace et possède des titres de qualités homogènes, et au final un certain charme, en raison sans doute de la présence de cet excellent chanteur qu’est Scott Reagers. Bref, ce deuxième album est bon dans son ensemble, mais il a tout de même pour principal défaut de succéder à l’éponyme et de précéder l’excellent Born Too Late. Il marque aussi la fin de la première mouture de Saint Vitus, puisque Scott Reagers quittera la formation peu de temps après pour seulement revenir une dizaine d’années plus tard. Ce disque vient d'être réédité par le label allemand The Church Within.

8 novembre 2011

Saint Vitus - Saint Vitus

SAINT-VITUS-Saint-Vitus 

Style: Doom Metal

Année 1984

Format: album

Label: SST Records

Pays: U.S.A

 

Formé à Los Angeles en mille neuf cent soixante dix neuf sous le nom de Tyrant, Saint Vitus est l’une de ces formations cultes, certes un peu maudite, à ranger au panthéon du metal. Ainsi, au même titre que ses compatriotes de Pentagram et de Trouble, Saint Vitus fait partie des pionniers référentiels et séminaux du doom metal, suivant ainsi le sillon tracé par le grand Black Sabbath une décennie plus tôt, mais en accentuant considérablement ses deux constantes que sont la lenteur et la lourdeur. En cela, l’apport du quatuor formé du chanteur Scott Reagers, du guitariste Dave Chandler, du bassiste Mark Adams et du batteur Armando Acosta est on ne peut plus fondamental, et ce ne sont sans doute pas des groupes tels que, pour les plus connus, Cathedral ou bien encore Reverend Bizarre qui pourront renier cela.

Alors en plein boom de la scène speed / thrash metal le quatuor nous proposait son premier album, sobrement intitulé Saint Vitus, qui allait parfaitement à contre sens de cette scène. En effet, à une époque où la rapidité était érigée comme maître mot de moult formations, Saint Vitus se complaisait lui dans une torpeur manifeste avec des compositions s’étirant en longueur. Car c’est bien ce qui différenciait le quatuor à l’époque et qui lui donne tout son charme et intérêt, c’est cette lenteur et cette pesanteur caractéristiques qui en on fait l’épitomé du doom metal, ni plus, ni moins. En fait, et d’une manière assez triviale, l’on pourrait présenter le propos musical des californiens comme une version extrême et plus glauque de ce que proposait dans les années soixante dix Black Sabbath. A bien des égards, le quatuor était jusqu’au-boutiste pour ce qui était de la lenteur, le tortueux The Psychopath étant à cet égard le meilleur exemple, et surtout de la lourdeur, se faisant très fréquemment étouffant. 

Tout pourrait presque se résumer à cela chez Saint Vitus. Malgré une certaine simplicité, les excellents riffs plombés déployés par Dave Chandler avec sa Gibson SG sont tous aussi efficaces les uns que les autres, de sorte qu’ils s’impriment à jamais dans votre mémoire. Bien évidemment, l’on sent l’influence de Tony Iommi dans ses derniers, à ceci près, et comme précisé plus haut, que Dave Chandler s’est surtout focalisé sur la lenteur. A cela s’ajoutent ses soli presque bruitistes, usant et abusant à cet effet de sa pédale wha-wha, qui sont loin d’être mélodieux. Le plus souvent au bord de la rupture, ils apportent néanmoins cette coloration à la fois malsaine et même presque folle – rappelons au passage que Saint Vitus est le saint patron des fous. Il est soutenu par une excellente cellule rythmique. L’accompagnant le plus souvent à l’unisson afin d’appuyer la lourdeur, Mark Adams ne se prive pas de quelques envolées solitaires, comme sur White Magic / Black Magic. De son côté, Armando Acosta allie l’efficacité de son jeu avec une frappe colossale, ce qui s’accorde on ne peut mieux à la musique de Saint Vitus, lui apportant en même temps une certaine puissance. 

Irréprochable d’un point de vue musical, Saint Vitus se paie le luxe de posséder un très bon chanteur en la personne de Scott Reagers. Ce dernier possède un timbre de voix assez unique dans une veine plutôt torturée, tantôt lyrique, tantôt rageur, voire même agressif, qui se trouve on ne peut plus approprié, d’autant qu’il change très régulièrement de registre jonglant avec eux tel un funambule. Mieux encore, il véhicule un petit côté possédé qui est en totale adéquation avec l’ambiance déclinée sur cet album, comme ce peut être le cas sur White Magic / Black Magic ou sur The Psychopath. Si la production de cet opus est très rugueuse, elle possède un cachet, avec un son à la fois chaud et sale, parfaitement adéquat, sans fioritures, ni même d’overdubs. Cela dit, cette production minimaliste confère à ce disque un grain particulier qui sied à merveille à cet album. L’atmosphère y est d’ailleurs unique, et comparable à certains égards à Black Sabbath dans le sens où elle est assez pessimiste et surtout angoissante, le chant de Scott Reagers et le jeu de Dave Chandler renforçant notamment cette impression.

Si cette première réalisation ne comporte que cinq titres, pour une durée avoisinant les trente six minutes, le quatuor a eu le mérite ou en tout cas la bonne idée de nous proposer uniquement des bons titres. L’album débute avec l’incisif Saint Vitus, avec un tempo plus dynamique, pour ne pas dire rapide, et qui constitue une bonne entrée en matière, avec notamment un très bon solo de Dave Chandler. S’ensuit l’entêtant White Magic / Black Magic avec son rythme mid tempo et surtout son final pachydermique qui donne ainsi un premier indice sur les velléités des californiens. D’ailleurs, l’on constate que plus l’on avance dans l’album, plus le rythme se ralentit. C’est ainsi le cas avec Zombie Hunger, au titre assez évocateur tant son tempo est comparable à une marche pénible d’un mort vivant et où Scott Reagers se livre à quelques passages dépeignant une certaine folie. Le groupe enfonce le clou avec le somptueux The Psychopath, le plus lent de l’album, s’étirant sur plus de neuf minutes. Lancinante et tortueuse, cette composition démontre tout le talent du groupe entre les lignes de chant impeccables, ces magnifiques soli de guitares, dont le solo médian, et l’intensité croissante sur le final. L’album se termine avec le très bon Burial At Sea, qui, s’il démarre très doucement, comprend un judicieux passage rapide au beau milieu, avant que le groupe ne revienne à la thématique du départ.

Au final, cet album éponyme de Saint Vitus est tout simplement excellent et représente même la quintessence de ce qu’est le doom metal. Ne comprenant aucun temps mort, l’une des principales qualités de ce disque, outre ses très bonnes compositions, c’est le fait que chaque titre nous fait encore plus sombrer dans les abymes. Si les influences du quatuor sont identifiables, l’on constate toutefois que le groupe les a parfaitement digérées dévoilant une musique à la personnalité affirmée. En se focalisant principalement sur la lourdeur et la lenteur, et surtout en les accentuant, le quatuor a infléchit ce style dans une direction qui sera maintes et maintes fois suivie par la suite. Au-delà de ce tournant décisif, ce disque est un classique et s’avère donc indispensable. Le caractère culte de cette réalisation n’est guère usurpé et si la production trahit son âge, le contenu est quant à lui impérissable. Certes bien des formations sont allées encore plus loin dans la lenteur et dans la lourdeur, mais rien sans doute n’aurait pu se faire si Saint Vitus n’avait montré la voix. Ce qui fait que cet opus demeure, plus de vingt ans après sa parution, un maître étalon en matière de doom metal. Bref un disque et un groupe dont il serait impardonnable de faire l’impasse.

29 août 2011

Yuck - Do It Yourself

Yuck Do It Yourself

 

Style: Black'n Roll

Année: 2009

Format: Album

Label: Postghost Recordings

Pays: France

Site: http://www.yuck.fr/

 

L’originalité, voilà bien ce qui manque à un nombre devenant de plus en plus considérable de formations, notamment au sein de la scène française. Et pourtant, il existe encore des groupes qui n’ont que faire des conventions et qui savent prendre des risques, quitte à susciter une certaine incompréhension voire quelques railleries. Originaire de Rouen, la forme embryonnaire de Yuck remonte à une bonne dizaine d’années avec la rencontre de Jérémie – chant, Substans, AstHénie – et Julien – guitare, Hyadningar -. Le binôme trouva rapidement un batteur en la personne de Sebb – AstHénie, Substans - et sortit une première démo, en deux mille deux, intitulée Miscarriage. S’ensuivit une valse des bassistes, qui s’arrêta avec l’arrivée officielle de Stéphane en deux mille sept, après moult intérims. Enfin stabilisé, le quatuor enregistra son premier album, le présent Do It Yourself, au titre ô combien révélateur quant à l’esprit animant les normands.


Définir la musique de Yuck relève d’une certaine gageure tant elle est particulière, originale et surtout personnelle. Le groupe est ainsi à la croisée des chemins entre le black metal, surtout d’obédience norvégienne, et le rock, tantôt hérité des seventies, tantôt hérité de la fameuse scène grunge. Ainsi, l’on pourrait trivialement présenter Yuck comme le croisement entre les premiers Gorgoroth et Nirvana, avec de temps à autres quelques épanchements envers le thrash metal ou bien le punk. Si sur le papier cette mixture pourrait s’avérer particulièrement incongrue, il n’en est rien à l’écoute de ces quelques cinquante quatre minutes. En effet, tout ici transpire d’une très bonne inspiration des musiciens, dont la maîtrise instrumentale est excellente, et surtout cette faculté de passé du coq à l’âne en quelques secondes avec une rare fluidité. 


D’une versatilité étonnante, le quatuor propose ici des compositions très souvent élaborées et assez complexes dans leur structure, à l’instar du très bon Denying The 3. Il n’est donc pas rare de voir plusieurs motifs se succéder de manière haletante au sein de chaque titre, avec par exemple des successions de plans que l’on aurait pu rencontrer sur In Utero à d’autres dignes d’un Infernus pleinement inspiré. En cela, le groupe pourrait être rapproché à certains égards à la scène progressive, dans cette faculté notamment de mélanger les styles et d’éviter assez souvent les structures récurrentes, comme c’est aussi le cas sur Decline. Viennent s’ajouter à cela de nombreuses cassures rythmiques et changements de tempi bien maitrisés, qui viennent rompre toute linéarité. Cela étant dit, s’il sait se faire assez complexe, la musique du quatuor n’est aucunement indigeste, ce dernier  sachant aussi se faire montre d’efficacité, plus particulièrement sur le très direct Virus, et surtout sur le tubesque Mine Is Bigger, qui aurait pu figurer lui sur Bleach. 


Mais c’est surtout la qualité du riffing de Julien qui fait la différence chez Yuck et qui le rend particulièrement captivant. En effet, tout cet album recèle de riffs géniaux, quelques soient les styles abordés. Rarement linéaires, parfois dissonants, toujours emprunts d’un groove envoûtant, ces riffs sont exécutés avec une technique sans faille. Car c’est là toute la force de Julien, c’est qu’il a très bien su faire le compromis entre technicité et efficacité, n’oubliant pas de proposer moult mélodies. Mélancoliques pour la plupart, ses mélopées ne cherchent rarement la facilité, à l’instar du style du groupe, mais l’on pourra difficilement rester de marbre devant la beauté glacée d’un Decline ou la gravité de To Redemption. Il est même assez heureux de voir qu’il se laisse enfin aller à quelques soli, toujours bien sentis, et laissant bien transparaître ses influences seventies, comme notamment sur Decline, The Right To Live et sur The Smell Of Cold. 


Le groupe a d’ailleurs eu le nez fin en prenant Stéphane à la basse. Ce dernier est magistral de bout en bout, évitant souvent l’écueil de poursuivre bêtement les lignes de guitare, à l’instar de ce très bon passage en tapping sur The Smell Of Cold. Il forme d’ailleurs une excellente cellule rythmique avec le batteur Sebb, digne d’un Led Zeppelin. Aux patterns impeccables, tantôt puissants, tantôt fins, Sebb a fait ici une très bonne synthèse entre le jeu de batterie inhérent au metal extrême et le groove inhérent au rock. Maître d’œuvre impérial sur cet album, Jérémie expose ici une diversité dans le chant qui cadre parfaitement avec le genre, sachant alterner entre growls puissants dignes d’un John Tardy – Obituary – et un chant black bien rocailleux et très proche de celui d’Abbath – Immortal, I -, avec parfois quelques hurlements plus déjantés. L’on notera enfin la participation de la chanteuse Caron Ann Croft sur l’acoustique de toute beauté To Redemption et dont le timbre assez suave et en même temps puissant s’accordant parfaitement à l’ambiance de ce titre.


Ce Do It Yourself s’avère ainsi une très belle réussite et fait montre d’un groupe vraiment original et surtout sûr de son fait. Le quatuor bénéficia d’une très bonne production de la part de Julien Bous, avec un cachet old school et une puissance nullement en défaut. Yuck dévoile ainsi sur cet opus onze compositions assez diversifiées mais bien marquées par son sceau, lui assurant une bonne durée de vie, d’autant que cet album ne se dévoile pas immédiatement. Violent, mélodique, emprunt d’un groove certain, véloce, à la fois virevoltant et fluide, audacieux et affranchi de toutes barrières musicales, l’art musical de Yuck est avant tout une bouffée d’air au sein d’un microcosme musical de plus en plus aseptisé, frileux et surtout plus prompt au clonage qu’à la créativité pure. Il va sans dire que cet album ne sera pas du goût de tout le monde mais conviendra aisément à toutes personnes désireuses de découvrir une formation talentueuses et singulière. (8/10)

24 août 2011

BadSwamp - BadSwamp


BadSwamp-BadSwamp

 

Style: Heavy Fuckin’ Rock

Année: 2011

Format: album

Label: autoproduction

Pays: France

Site : http://www.myspace.com/badswamp

 

01-  Seek It

02-  My Nerves

03-  Goat’s Head

04-  Woa Boy

05-  Deaf Dog

06-  X

 

C’est un vaste problème que représentent les groupes avec une chanteuse. En effet, nous avons fort malheureusement une multitude de formations putassières et inutiles qui n’ont pour seul argument la présence d’une femme dans le groupe, cette dernière se trouvant du coup mise en avant. Pourtant, il existe des groupes de qualité, peu nombreux il est vrai, mais où la présence d’une musicienne s’avère judicieux. L’on citera dans cette catégorie des formations telles que Thorr’s Hammer, Jex Thoth ou bien encore les excellents Jucifer. C’est bien dans cette dernière catégorie qu’il faut mettre les rouennais de BadSwamp. Etant en premier lieu l’un des projets musicaux de Julien Payan (Yuck, Hyadningar, Klymt), ce projet prit finalement corps en deux mille neuf avec l’arrivée du batteur Samuel Antonin (Prön Flåvurdik, The Urethane Revolution,…) et de la chanteuse Julie Guy. S’ensuivit l’enregistrement de ce premier album qui sortit en mars deux mille onze.

Le trio évolue dans un registre heavy rock dont les influences multiples s’entrecroisent avec brio pour donner au final un ensemble à la fois efficace et surtout original. Evidemment, à l’écoute de ce disque l’on pense à la fois à la scène grunge de Seattle, que ce soit Nirvana, mais aussi Alice In Chains, notamment sur le plus torturé X, mais aussi au bon vieux hard rock des années soixante dix, l’ombre du zeppelin étant présente sur cet opus. Mais l’on retrouve évidemment d’autres influences, fleuretant parfois avec la dissonance au détour d’un riffing presque black metal, comme sur Goat’s Head, ou bien encore blues avec le très bon Woa Boy, qu’on aurait pu croire sortir d’une session d’enregistrement de Physical Graffiti. La description ne serait complète si l’on n’insistait point sur le côté quelque peu expérimental du trio, mis en exergue sur l’instrumental Deaf Dog, et sur le quasiment doom metal X, dont le début ferait pâlir n’importe quelle formation du genre, et que l’on pourrait rapprocher de Jucifer.

Nonobstant ces influences diverses et variées, BadSwamp se distingue avant toute chose par une rare cohérence d’ensemble : nous sommes loin d’une sorte de patchwork mal fait et n’ayant aucun sens. Le travail de composition est ici énorme et fourmille de nombreux détails qui confèrent à ce disque une durée de vie considérable. Car si d’approche l’ensemble apparaît comme simple et donc facilement assimilable, l’on se surprend bien souvent à découvrir telle ou telle trouvaille au détour d’un riff ou d’un arpège. Il faut dire aussi que l’ensemble est très loin d’être linéaire. L’on alterne ainsi assez souvent entre passages plus posés, à d’autres plus directs et énergiques, le plus souvent sans qu’on s’y attende, la tension montant en descendant très souvent au fil des compositions. Le meilleur exemple de ceci est sans doute le titre X, qui dépasse les vingt minutes. 

Là, évidemment, l’on retrouve la patte de Julien Payan à la guitare et dans l’écriture des compositions. Inutile de dire que l’ensemble est virevoltant, avec pas mal de cassures rythmiques, de soubresauts entre deux accalmies, et des métriques qui sont loin d’être simplistes. Bien entendu, l’inspiration ne fait nullement défaut ici, et c’est une sacrée collection de riffs dantesques, de mélodies de guitares inoubliables qui nous sont proposées ici. Il a d’ailleurs accompli un excellent travail pour ce qui est des parties de basse, ne se contentant aucunement de suivre les guitares à l’unisson.

Nul autre que Samuel Antonin pouvait accompagner dignement Julien sur cet album. Batteur hors-paire, il démontre ici tout son talent derrière ses futs. Alternant patterns d’une rare finesse à d’autres bien puissants, qui le placent comme le digne héritier de John Bonham. Surtout il se démarque par l’intelligence du jeu qui complète bien la rythmique et donne surtout à l’ensemble un groove des plus entraînants. Il est particulièrement appréciable, surtout de nos jours, de retrouver sur cet album une production naturelle sans aucuns artifices et avec un son divinement chaud et ample, que ce soit pour les guitares, mais également pour la batterie. Bref, cela joue évidemment sur la personnalité du groupe et il faut saluer Julien Bous qui a encore fait des merveilles sur cet album, et surtout le fait que cet enregistrement a quasiment était fait dans les conditions du live.

L’autre grand atout de ce groupe est évidemment Julie Guy qui est tout bonnement surprenante et même impressionnante sur cet album. Là où tant de ses consœurs chanteuses se limitent souvent à singer telle ou telle chanteuse, elle impose elle-même sa patte. En effet, elle fait preuve ici d’une certaine diversité et versatilité dans ses lignes de chant, qui s’imbriquent très bien à l’ensemble proposé. Elle alterne ainsi entre des moments plus calmes et mélodieux, faisant parfois penser à Janis Joplin, comme sur My Nerves, à d’autres beaucoup plus enragés, la rapprochant de Donita Sparks de L7, par exemple. Elle s’en sort même très bien dans ces passages plus vindicatifs, avec même un petit côté déjanté qui est on ne peut plus appréciable, comme sur Goat’s Head. Bref, nous sommes loin d’être en présence ici d'une diva ou d’une chanteuse à la personnalité aseptisée.

Vous l’aurez compris, ce premier album de BadSwamp constitue pour moi une des très bonnes découvertes de ce début d’années. Bien loin, et fort heureusement même, des productions aseptisées et des tendances en vogue actuellement, cette formation nous apporte un vent de fraîcheur qu’on ne peut que saluer et surtout apprécier grandement. D’ailleurs, il va sans dire que le potentiel que laisse supposer ce groupe au travers de ce premier album est bien plus que prometteur. Dans tous les cas, cet album est vivement conseillé à toute personne à la recherche d’une formation originale et talentueuse et surtout d’un très bon disque de heavy rock. (8/10)

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24 août 2011

Prön Flåvurdik - Opus 3: The Motown Years

PRON-FLAVURDIK-Opus-trois

 Style: Drone Doom Psychédélique

Année: 2008

Format: album

Label: Paradigm Records

Site : http://www.myspace.com/pronflavurdik

Pays : France

 

01- Opus 3 : The Motown Years

  

Formé à Rouen en deux mille quatre par Samuel Antonin (batterie) et Benjamin Rouchaville (guitares, claviers), tous deux rescapés de Burn Hollywood Burn, et de Thomas Pelikan (chant, claviers), transfuge de Buckaroo Banzaï, Prön Flåvurdik ne tarda pas à se faire remarquer avec son premier disque, dénommé Teaser n°1, proposant un cocktail détonnant entre rock hérité de la fin des années soixante dix et lourdeur que n’aurait pas renié les Melvins. Le groupe se distingua deux ans plus tard par le très bon Blåck Shåbbäth où le trio se trouva rejoint par deux cuivres, prenant une démarche volontiers plus expérimentale, - ce disque fut d’ailleurs enregistré deux années avant la sortie d’un certain Monoliths & Dimensions – et surtout encore plus lourde et noire. Revenu à trois, le groupe proposa finalement en deux mille huit le présent Opus 3 : The Motown Years, qui vient tout juste d’être réédité par le label anglais Paradigm Records. Et le moins que l’on puisse dire à l’écoute de cet album, c’est que le trio est loin d’avoir pris les voies de la facilité mais a surtout accomplit un excellent travail.

 

Le groupe nous propose en effet ici un seul titre de trente huit minutes. L’exercice est assez périlleux en soi, car il n’est pas rare de perdre le fil au fur et à mesure que les minutes s’égrainent. Cela n’est nullement le cas ici, tant le trio maîtrise parfaitement son sujet et sait justement captiver l’auditeur en l’entraînant dans des chemins souvent tortueux, parfois en l’apaisant pour mieux l’agresser par la suite. Si pour le simple quidam, le drone se résume le plus souvent à des bourdonnements répétés inlassablement jusqu’à plus soif avec un côté monolithique des plus rébarbatifs, il n’en est rien chez Prön Flåvurdik. Outre le talent, le groupe est surtout particulièrement inspiré, notamment cette machine à riffs qu’est Benjamin Rouchaville. En effet, dans ce genre de musique basée sur la répétition, l’on peut rapidement échouer faute de riffs géniaux : c’est loin d’être le cas ici, avec en plus la parfaite maîtrise du riff à trois notes qui vous scotche d’emblée.

 

Bien évidemment, l’ombre d’un Earth ou d’un SunnO))) est présente chez ce groupe, mais sa démarche est plutôt à rapprocher des travaux de John Zorn, notamment avec Naked City voire avec Painkiller, en gardant toutefois ce groove digne des Melvins. S’ajoutent à cela une très bonne utilisation des claviers, avec des sonorités analogiques ô combien appréciables, et qui sont souvent utilisés en nappe, donnant un aspect hypnotique à l’ensemble. L’on notera d’ailleurs que ce côté encore plus touffu de la musique et le parti pris pour un propos encore plus jusqu’au-boutiste caractérisent bien cet opus par rapport à ces deux prédécesseurs, même si ce n’est rien par rapport au Pron Addicted Ensemble. Autrement, l’apparition du chant, bien venu, constitue aussi l’une des grandes nouveautés de cet opus. Et il faut avouer que Thomas Pelikan est assez sidérant sur cet opus.

 

C’est ainsi un voyage auditif vraiment captivant qui est proposé sur ces quelques trente huit minutes. Les rouennais savent alterner intelligemment passages brutaux et bien rentre dedans, à d’autres on ne plus plombés et lents à faire pâlir messieurs Anderson et O’Malley. S’ajoute à cela des passages bien plus groovy que l’on aurait pu voir sortir tout droit d’un Houdini ou d’un Stoner Witch. Si le côté un peu patchwork de l’ensemble peut parfois dérouter, cela reste toutefois de la haute voltige, sans sombrer dans la démonstration stérile, bien que les plans de batterie de Samuel Antonin soient tout bonnement excellents. Par contre le groupe ne fait pas du tout dans la facilité pour accueillir l’auditeur : les dix premières minutes du titre sont on ne peut plus violentes et dérangeantes, alternant passages à la limite du grindcore avec notamment des hurlements démentiels de la part de Thomas Pelikan et des patterns de batterie on ne peut plus furieux, avec d’autres assez expérimentaux.

 

Après cette entrée en matière, le trio nous proposera un riff, pour ne pas dire le riff, qui sera répété inlassablement pendant de longues minutes, voyant les claviers répondre à la guitare, avant que l’intensité ne monte au fur et à mesure, et ainsi de suite jusqu’à la fin du morceau. Si l’assimilation d’une telle musique et d’un tel morceau n’est pas des plus aisées, ce titre recèle tout de même de magnifiques trouvailles, toutes plus géniales les unes que les autres. En cela, la démarche du groupe se rapproche du progressif, car si le groupe s’épanche souvent à répéter les mêmes motifs inlassablement pendant de longues minutes, les structures sont quant à elles nullement récurrentes. D’autre part, le groupe touche vraiment à tout durant le développement de ce titre, ce qui fait que l’on peut avoir des passages assez noirs, voire parfois même assez malsains, et tomber sur d’autres plus lumineux et entraînant comme sur le final.

 

Si le groupe prend le parti pris d’une certaine redondance, il n’en installe pas moins une ambiance assez unique et maîtrise à la perfection les montées en intensité tout comme les accalmies. Loin de se contenter de répéter des schèmes repris ça et là parmi ses influences, le trio affiche avant toute chose une réelle personnalité et surtout fait preuve d’une très grande originalité. Par contre, il ne s’agit pas ici d’un exercice de style prétexte à des prétentions artistiques superflues et arrogantes auxquelles nous sommes fréquemment confrontés. De plus, le trio ne se réfugie pas non plus derrière un amalgame sonore et un son d’une rare épaisseur pour masquer des carences, notamment dans l’exécution qui est magistrale tout le long de cet opus. C’est sans doute là l’un des atouts du groupe qui force le respect, en sachant d’autant plus que ce disque été enregistré dans le local de répétition du groupe dans les conditions du live. Autant dire que nous avons ici une chaleur et une ampleur dans le son dignes des groupes des années soixante dix.

 

Je ne vais m’étendre plus longuement sur cet album qui est tout bonnement excellent, mais qui demandera sans doute un effort particulier pour être pleinement apprivoisé. Les fans des références suscitées devraient retrouver leur compte. Cela constitue une expérience auditive à part. Dans tous les cas cet Opus 3 est une très bonne réussite et surtout la preuve que l’originalité est encore de ce monde. Autant vous dire que cette réédition est on ne peut plus méritée car ce groupe mérite largement que l’on s’y intéresse, d’autant que le prochain opus s’annonce tout simplement dantesque. (8,5/10)

 

Nota Bene : la pochette présentée ici est celle de la réédition de deux mille onze par le label Paradigm Records, l’édition originale comprenait une pochette différente.

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